L’idée de taxer les émissions de carbone fait consensus, au moins en France. Mais sa mise en œuvre est juridiquement complexe et politiquement délicate.
« Moi, je ne suis pas spécialiste de l’économie, mais les économistes me disent que la meilleure arme pour un changement des comportements, pour une vraie prise en compte de l’environnement, c’est la fiscalité ». Ainsi s’exprimait Nicolas Hulot, à l’orée de la campagne électorale de 2007. Six ans après, la problématique n’a pas fondamentalement changé : contre le réchauffement climatique, les experts croient plus que jamais à l’arme fiscale.
Derrière l’expression de « fiscalité écologique » qui peut paraître absconse, une idée toute simple: il faut taxer l’utilisation des énergies selon leur niveau d’émission de carbone, principal responsable de l’effet de serre. Une idée simple, mais une mise en œuvre complexe. François Fillon en sait quelque chose, qui a vu la taxe carbone qu’il avait faite approuver par le parlement à l’automne 2009 invalidée par le Conseil constitutionnel.
Et pourtant, si la France veut respecter son engagement pris en 2003 de diminution des émissions de gaz à effet de serre , utiliser l’arme fiscale est plus que jamais indispensable. Il s’agit d’atteindre l’objectif dit du « facteur 4 », consistant, au sens que lui ont donné les autorités françaises, à diviser par quatre les émissions de carbone en France d’ici 2050. A l’origine, cette expression de « facteur 4», forgée durant les années 90 par les experts du club de Rome, qui réfléchissaient de longue date sur la « soutenabilité » de la croissance dans le monde, désignait l’idée de rendre la production quatre fois plus efficiente, quatre fois moins gourmande en énergie.
Signal prix
L’arme fiscale est la plus efficace, en ce qu’elle permet d’envoyer « signal prix » : le meilleur outil pour changer les comportements, pour diminuer la consommation de tel ou tel bien, c’est d’en augmenter le prix, au besoin en le taxant fortement.
Cette fiscalité doit viser d’abord le secteur des transports, ainsi que le bâtiment et l’agriculture, trois secteurs qui ont pris du retard dans la réduction de leurs émissions de carbone. C’est notamment l’objet des travaux du comité pour la fiscalité écologique, présidé par Christian de Perthuis, directeur scientifique de la Chaire Economie du climat, qui vient de remettre un rapport au gouvernement sur le thème de la fiscalité écologique.
Ils propose à la fois d’instaurer une taxe carbone, dont le taux augmenterait progressivement jusqu’en 2020 (passant de sept euros par tonne de carbone émise en 2014 à 20 euros en 2020), et de réduire, en outre l’écart fiscal favorable existant actuellement en faveur du gazole, là aussi très progressivement (un centime d’écart en moins chaque année, via une augmentation des taxes sur le gazole). Deux pistes que le gouvernement envisage de suivre, dès 2014.
Réanimer le mécanisme européen d’échange de quotas
La taxe carbone ne viserait pas l’industrie lourde. C’est via le système européen de quotas que la question doit être traitée. Encore faut-il que le mécanisme d’échange européen soit réactivé.
Mais cela nécessite un véritable engagement au niveau des 27 pays membres. La commission européenne est bien seule, aujourd’hui, à vouloir défendre la lutte contre le changement climatique. La crise a fait passer l’écologie au second rang. Pourtant, elle n’a rien changé à l’urgence de la lutte contre le réchauffement.
Aux origines de la fiscalité écologique
Les politiques environnementales se conçoivent dans le long terme